Ce beau texte nous a été envoyé par le collectif du Vaucluse, merci à eux !
Lorsque l’on est pris dans un tourbillon qui nous entraine au fond du fleuve, il parait qu’il ne faut pas l’affronter en tentant de remonter directement, car on n’a aucune chance ; on s’épuiserait jusqu’à y laisser la vie. Il faut résister en se laissant aller jusqu’au fond, puis nager de côté pour sortir du tourbillon et se laisser remonter sans problème jusqu’à la surface.
Lorsque l’on est pris en canoé dans le courant impétueux d’une rivière qui risque de nous engloutir, on peut s’en sortir en pointant l’avant de l’embarcation sur le bord de la berge où circule en permanence un léger courant opposé qui permet de s’arrêter et repenser le parcours.
Ces situations sont des paraboles ; nous sommes pris dans des tourbillons climatiques, économiques, politiques et sociaux qui nous entraînent vers le fond ; embarqués dans des torrents de violences, de haines, de peurs, de prétentions dominatrices, qui pourraient bien nous noyer.
Il ne s’agit pas, à l’instar du Noé mythique, de fabriquer une arche sensée sauvegarder des échantillons de chaque forme de vie pour la recréer après le déluge. Ça, c’est le rêve éveillé de quelques milliardaires insensés qui voudraient se faire congeler, le temps de découvrir la formule magique de l’immortalité, ou de s’installer sur la lune pour y recréer un paradis artificiel, ou de devenir des « humains augmentés » de pouvoirs quasi-divins.
Fantasmes enfantins et délires gâteux que tout cela ; notre avenir est sur terre en tant qu’humains humanistes, tirés de l’humus, empreins de l’humilité qui balaye la prétention assassine à la toute-puissance.
C’est dans les marges de l’histoire, au fond du malheur que surgit et résiste l’espoir d’un ailleurs heureux. Rejoignons-les, il y a de la place pour tout le monde ; les frontières sont des leurres.
Nous ne cherchons pas le pouvoir, nous voulons l’abolir. L’humilité solidaire est notre avenir. Nous avons conscience que le temps presse, car le cataclysme climatique n’attend pas, mais nous voulons nous presser, en prenant notre temps, en retrouvant le temps de vivre, en redonnant du temps au temps, en refaisant du temps, non pas de l’argent, mais de la vie, de l’empathie, de la compassion, du bonheur et de l’amour.
Gandhi prônait la non-coopération active par rapport aux forces colonialistes. Dans notre société de consommation qui consume notre intelligence, et d’accumulation compulsive qui finit par nous posséder, elle passe par le boycott de tout ce qui asservit, détruit, pollue, opprime, par l’autoproduction, la réparation, le recyclage. Elle s’appelle aujourd’hui sobriété partageuse, choix de vie simple et heureuse ; elle n’est pas seulement à construire et à venir, elle est déjà là autour de nous et en nous.
Alors, et seulement alors, comme l’affirmait Martin Luther King : « je crois fermement que nous l’emporterons ». Nous comme des oasis qui changerons le désert.
Françoise et Jean-Pierre

